01.

Que signifie "La Houzée" ?

La curiosité populaire, voulant interpréter ce nom empreint d’une certaine touche poétique, n’eut d’autre recours que d’y percevoir un dérivé de "houx", laissant croire à un lieu où jadis croissait en abondance cet arbuste bien sympathique, associé à nos festivités de fin d’année.

Cependant, pour trouver l’étymologie d’un nom de lieu, il convient d’abord de recourir à ses graphies anciennes, peu nombreuses en ce cas. Le document le plus ancien qui cite ce hameau est le polyptyque de l’Abbaye de Lobbes de l’an 868, dont on n’a qu’une copie tardive. La Houzée y figure explicitement, comme appendice de Thuillies, sous la graphie Lehelgeias, assez déconcertante à vrai dire. Une autre liste de même source cite Houzeis, forme traduite, rajeunie, proche du nom actuel. Par la suite, nous trouvons La Housée en 1257, La Houzée en 1632, aux Houzées de Thullies en 1710 et, beaucoup plus tard, Louzée (selon la forme vernaculaire).

Le nom est un suffixé en –eias, forme dérivée de –iacas, caractéristique des formations germano-romanes ayant donné des noms en –ies (Thuillies, Ragnies) ou –ée (Rognée, Berzée) dont le radical est, soit un signifiant commun, soit un anthroponyme.

La logique pour identifier ce radical est de rechercher des homonymes et des paronymes pouvant donner une piste d’interprétation, et de les confronter à la forme vernaculaire du lieu, qui est ici Louzéye - or, cette quête s’avère bien mince.

Les Houssière ne conviennent pas, ni les autres noms en Houss- [-ales, -ion, -oy, -u] : il y a bien Hozémont (en province de Liège), Hosenmont en  1130, mais sa graphie tardive ne donne aucune piste sûre.  

02.

Quel gentilé les habitants de La Houzée peuvent-ils revendiquer ?

De prime abord, il semblerait normal de les nommer Houzéens, Houzéennes.

Cependant, au su de ce qui vient d’être établi, mieux vaudrait les nommer LOUZÉENS, sans toutefois tomber dans l’attraction si fréquente du mythique animal dénommé "loup" qui n’a la plupart du temps rien à voir dans les noms de lieux qui l’évoquent, comme Pont-de-Loup qui n’est en réalité qu’un ancien « bois marécageux », *Ponder-lauh, ou aussi La Louvière, qui est en fait une *Laub-aria (collectif du germain vers l'allemand Laub, bois feuillu).

L’étymologie des noms de lieux est une science ardue qui nous réserve bien des surprises, mais qui s’avère passionnante, porteuse de rares et précieux renseignements sur une époque pour laquelle les sources écrites font généralement défaut.

Histoire
Les prénoms Lét(h)ald et Lét(h)old étaient connus au Moyen-Âge.
A la fin du Xe siècle, vécut un moine hagiographe prolixe, du nom de Léthaldus de Micy.
En 1060, une charte du diocèse de Grenoble fait état de donations faites au Prieuré de Domène par Pierre dit Léthald de Brion et son frère Guignes - MONTEYNARD (Charles D.), Cartulaire monasterii beatorum Petri et Pauli de Domina, Cluniacensis ordinis, Gratianopolitanae dioecensis, Lyon, 1859, n°5.
En 1099, Letholdus fut le premier chrétien chevalier sur les murs de Jérusalem, au cours de la première croisade, selon un récit contemporain par un témoin inconnu. Il est dit que lorsque les Musulmans ont vu Letholdus émergeant sur les murs, beaucoup d'entre eux ont commencé à se retirer plus loin dans Jérusalem – (Wikipédia) 

03.

Qui pouvait être ce Léthald dont La Houzée (ou Louzée) perpétue le nom ?

Probablement un Franc devenu homme libre, venu s’établir chez nous pour y fonder un nouveau domaine sur les rives du ruisseau de Marbiseul, affluent de droite de la Biesmelle.

C’est probablement lui que l’on a exhumé en 1885, de son caveau aménagé dans un terrain proche de sa ferme. Il y avait été inhumé costumé (ceinturon), avec son armement de chevalier : un bouclier rond dont on a trouvé l’umbo, son épée et sa lance (framée) à ses côtés. Il était accompagné dans la mort de sa famille et de membres de son entourage, en un petit cimetière de quelques dizaines de tombes souvent en pleine terre, certaines en caveaux souvent réutilisés, dont 18 purent être explorées par les membres de la Société d’Archéologie de Charleroi. Le maigre produit de cette fouille entra dans les collections du musée de cette société, hébergées à présent au Bois du Cazier à Marcinelle. Nombre de petits objets ont sans doute dû échapper à toute attention (restes englobés de rouille non recueillis comme c’était souvent le cas à l’époque, notamment).

La découverte de ce petit cimetière répond à celle de la grande nécropole détruite à Thuillies-Centre, dont le petit domaine de Louzée était devenu appendice en 868.

Chaque centre d’habitat avait sa nécropole. Les deux "maîtres" ont été inhumés à la même époque. La richesse archéologique de Thuillies n’a hélas jamais pu être exploitée comme il eut fallu, et il en fut de même au hameau d’Ossogne qui avait aussi son cimetière franc dont j’ai pu fouiller l’extension moyenâgeuse. L’érudit VAN BASTELAER n’a pu que relater l’existence de ces sites saccagés, qui n’intéressaient nullement les propriétaires et habitants. Les erreurs de jadis ne font hélas que se répéter sans vergogne, à grands coups de bulldozers, dans les sites de mémoire susbsistants (cimetières communaux) ou présumés (non bâtis). 

(Claude HENNUY)

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Le nom de ce hameau, tout charmant qu'il puisse paraître, n'indique nullement un lieu peuplé de houx, comme un auteur a cru pouvoir affirmer, s'en remettant à une homonymie probablement populaire, mais entachée de suspicion.

Hélas, en toponymie, les choses sont rarement aussi simples.

La plus ancienne mention du lieu se trouve dans la copie du polyptyque de l'abbaye de Lobbes; elle nous reporte à la seconde moitié du IXième siècle. En annexe de la description de la Villa Tuwiliacas (Thuillies), le document, daté de 868, cite une dépendance de ce domaine, nommée Villa Lehelgeias, composée de quatre manses et d'un moulin. Ce minuscule village correspond bien à l'image que l'on peut se faire de ce qu'a pu être à cette époque lointaine notre hameau de Louzéye, forme vernaculaire qui répond mieux à la forme originelle que l'actuelle acception de "La" Houzée, issue quant à elle d'une mécoupure, la première syllabe ayant été prise comme article, avec passage de "le" à "la" par influence de la terminaison "ée". Or, cette terminaison -ée, issue de -eias, est la forme évolutive reconnue d'un toponyme en -iacas, du même groupe que Tuwiliacas qui a donné *Tuguileias.

Lehelgeias dérive également du nom d'un ancien propriétaire de domaine.

Pour identifier ce nom, il ne se trouve apparemment aucun paronyme. Nous devons avoir recours à la comparaison avec les noms en -zée : Gozée < *Wald-c-eias, Berzée et Biercée < *Berg-c-eias, Borzée < *Bors-eias, Gomezée < *Gommund-c-eias, Somzée < *Somuald-c-eias, Warfusée < *Warfrid-c-eias, etc.

Bien que pouvant dériver d'un nom commun germanique (Berzée < berg, Gozée < wald, Borzée < bors), les toponymes en -zée dérivent plus souvent d'un nom d'homme germanique, suffixé en -iacas. Carnoy, conscient de cette dérivation, mais ignorant la forme Lehelgeias, avait proposé Hoso. Il est aussi à noter que le suffixe -iacas se fixe aux noms en -d, -g par une liaison flexionnelle -c-

L'onomastique germanique livre Léthald, nom qui convient parfaitement à l'évolution de Lehelgeias > Louzéye, dont la diachronie peut s'établir comme suit : *Léthald-c-iacas > *Leholceicas > *Lehou-c-eias > Lehouzée et La Houzée.

Louzée, devenu La Houzée par dissimilation, signifie "domaine de Léthald

Reste à identifier le domaine ayant appartenu à ce Léthald. L'archéologie, ici encore, va nous y aider.

Parmi les nombreux cimetières découverts à Thuillies, un seul a échappé à la destruction et a pu être fouillé méthodiquement. Dix-sept tombes ont été explorées dans l'enclos de la ferme située au chemin des Pourceaux, aujourd'hui rue Couturelle. L'une d'elles contenait un fer de lance qui a dû appartenir à un chef de clan. Nous sommes en présence d'un cimetière familial.

Un autre cimetière, plus vaste, ne semblant pas avoir livré de mobilier, fut détruit au lieu-dit Pa-d'là-l'Euwe, sur la rive gauche du ruisseau. Ce fut sans doute le cimetière des habitants du hameau qui se constitua postérieurement au domaine mérovingien.

La ferme de La Houzée, comme celles de Thuillies (la Cour de Justice) et d'Ossogne (ayant appartenu à l'Abbaye d'Aulne) est bâtie sur un versant et domine un ruisseau, face à une campagne (la Couturelle). Le hameau qui en naquit s'étale en contrebas, en une seule rue parallèle à la rive droite du Ry de Marbiseul.

Au IXième siècle, le domaine de Louzée comprenait quatre manses, ce qui implique la construction de trois exploitations adjacentes à la villa mérovingienne d'origine..

A l'écart, en amont, un moulin (devenu abbatial) était venu compléter le domaine.

La description de 868 fait aussi mention d'une brasserie.

Le domaine mérovingien primitif de Louzée peut s'être constitué par le défrichement d'une vingtaine d'hectares de terres. A l'époque carolingienne, son extension semble pouvoir être circonscrite comme suit : atteignant le chemin de Reumont, limitrophe de Biesme, au nord-est (Malcampé); le sentier (disparu) allant de Marbisoeul à Biesme, au nord; le chemin de la Campagne (prolongé de son coude jusqu'au ruisseau (moulin), et descendant ledit ruisseau, depuis le moulin jusqu'au Long-pré inclus. Cette superficie aurait ainsi plus que doublé, atteignant quelque 45 hectares., à la périphérie desquels doivent s'ajouter de nombreux prés et encore beaucoup de bois (Longues Haies, Grande Coure, Hayettes, Taillette).

Lorsque le hameau se fut étoffé d'autres constructions, une chapelle y fut érigée pour desservir la petite communauté. Elle était dédiée à saint Martin. Démolie vers 1850, elle a fait place à un calvaire dont la construction fut commémorée par un chronogramme (disparu) : CaLCabIs DraConeM (MDCCCLI =1851).

Le Moyen-Âge sera marqué par la construction d'une Motte féodale (précurseur d'un château-fort), près du moulin, dont il ne subsiste qu'une cave voûtée de pierres..

Comme Ossogne, La Houzée a su garder son aspect embryonnaire de petit noyau d'habitat rural. Cette caractéristique, tant pour Ossogne que pour La Houzée, est sans doute due au fait qu'aucune route de grande communication n'a été créée jusqu'ici au travers de ces paisibles hameaux.  

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